Adélaïde dite Cocote a été affranchie en 1833. Sa liberté est enregistrée à l'état civil le 22 août 1833 et l'acte un indique un arrêté du gouveur du 29 juillet de la même année.

Cependant, c'est lors de la séance du Conseil privé de la Guadeloupe en date du 2 juillet que cette liberté avait été légalisée par un arrêté portant délivrance de 605 affranchissements (les procédures ont été assouplies suite à des lois de 1831 et de 1832 et le nombre d'affranchissements a augmenté).

D'autres affranchissements d'esclaves de la Désirade décidés lors de cette séance ont été reportés sur le registre de l'état civil le 22 août. La date de l'arrêté du gouverneur donnée au sein des deux actes qui concernent deux familles (8 personnes au total) est également le 29 juillet. Jusqu'à présent, j'avais rarement relevé une différence entre la date de la séance du Conseil privé et celle de l'arrêté d'affranchissement. Qui pourrait m'expliquer ce décalage ?

Lors de l'enregistrement de son affranchissement à l'état civil, Adélaïde dite Cocote est dite âgée de 29 ans, née et domiciliée sur l'île. Aucune profession n'est indiquée. Cet affranchissement avait été demandé par François POULLIN (dont le patronyme est écrit par erreur POUSSIN).

La continuation de l'inventaire après le décès de Marie Dieudonnée ROBIN (1781-1830), épouse de François Xavier POULLIN, habitant au Galet, en date du 8 septembre 1835 confirme ce fait. Lors de cette session, Me ANNOTHE, notaire à Pointe-à-Pitre, enregistre les papiers et évoque le passif et l'actif de la succession.

Dans l'énumération du passif, l'article n° 45 évoque Adélaïde dite Cocote et nous apprend que c'est pour respecter la volonté de sa défunte épouse que François POULLIN a affranchi son esclave.

Mr POULLIN père déclare enfin que depuis le décès de la De son épouse il a donné la liberté à une mulatresse ... (un mot peu lisible, probablement nommée en abrégé) Adélaïde dite Cocote âgée de 29 ans mais qu'il n'a fait cette libéralité que pour se conformer aux dernières volontés de la défunte ce qui est à la connaissance de toutes les autres parties ...

La demoiselle Adélaïde Cocote décède à la Désirade le 30 juillet 1871 à cinq heures du matin dans sa maison, sise au Galet. Célibataire, elle est âgée de 66 ans et propriétaire. Par chance, l'acte est filiatif. Sa mère est Marie Françoise DONOTE, en vivant son propriétaire et domiciliée à la Désirade.

La demoiselle Marie Françoise DONOTE est morte sur l'île le 1er février 1859, dans la maison de la demoiselle Marie Catherine POULLIN, sise au Galet. Elle est dite célibataire, sans profession, âgée de 105 ans et native de la Désirade.

Il est probable que son âge est un peu exagéré car née vers 1754, elle aurait environ 50 ans à la naissance de sa fille Adélaïde dite Cocote, à moins que cette dernière ne soit en fait née quelques années plus tôt.  A noter que Benjamin Furcy POULLIN, 32 ans, propriétaire, est l'un des déclarants du décès. C'est un petit-fils de François Xavier POULLIN et Marie Dieudonnée ROBIN. L'autre déclarant est Hervé Cléanthe ALEXIS, 29 ans. propriétaire.

Je ne sais pas avec certitude qui est Marie Catherine POULLIN, surtout si pour elle, le terme demoiselle doit être pris dans le sens fille célibataire. La seule Marie Catherine POULLIN (1781-1854) que je relève est la veuve de John Ouen TUDER (vers 1762-1826), laquelle ne peut pas correspondre, n'étant plus en vie à cette époque.

Il y a toutefois Marie Catherine (vers 1803-1869), cultivatrice puis propriétaire, compagne de Louis Jean Marie POULLIN (1802-1844) avec lequel elle a eu quatre enfants. Elle est fille d'une demoiselle Donote. Logiquement, il n'y pas de raison pour qu'elle porte légalement le patronyme POULLIN, ne s'étant pas mariée.

Par acquis de conscience, j'ai consulté son acte de décès à la date du 19 octobre 1869. L'acte porte en marge le nom Décès de la Delle Marie Catherine Poullin. Le patronyme est barré. Au sein de l'acte, elle est appelée Marie Catherine dite Poullin (approuvé la rature de deux mots nuls). Elle est morte dans sa maison sise au Galet.

Il doit s'agir de la demoiselle Marie Catherine POULLIN recherchée et probablement d'une fille de Marie Françoise DONOTE. Marie Catherine a été affranchie en 1833 avec ses fils, Jean Baptiste, né vers 1832, et Toussaint, né vers 1833. En 1835, elle donne naissance à Marie Sophie Adélaïde. Cette dernière se marie en 1853 Hervé Cléanthe ALEXIS (vers 1828-1870). Celui-ci aurait donc déclaré le décès de la grand-mère de son épouse en 1859.

Adélaïde dite Cocote a eu au moins deux enfants, des fils. Ce sont, dans l'ordre de naissance, Jean Baptiste et Montrose. Ce dernier est affranchi dès 1833 par un arrêté du gouverneur du 30 octobre. La séance du Conseil privé de la Guadeloupe du 3 septembre 1833 nous apprend que sa liberté a été demandé par Jean Bontan MIRRE.

L'enregistrement à l'état civil a lieu le 30 novembre 1833. Montrose a 14 ans et est né sur l'île. Il est marin au cabotage. Si son fils est effectivement né vers 1819/1820, Adélaïde dite Cocote devait approcher les 16 ans à sa naissance. Ce n'est pas impossible mais Montrose est le cadet et pour l'aîné, je pense qu'il y a un problème de cohérence. 

Jean Baptiste subira la servitude bien plus longtemps que son jeune frère. Ce n'est qu'en 1845 qu'il devient libre. L'arrêté du gouverneur est du 5 avril, transcrit à l'état civil le 14 du même mois. Jean Baptiste a 30 ans et est marin. Il est né et demeure à la Désirade. Il reçoit un patronyme qui n'est autre que le surnom de sa mère : COCOTE. La liberté de Jean Baptiste COCOTE a été demandée par François POULLIN (séance du Conseil privé de la Guadeloupe du 5 avril 1845).

Jean Baptiste COCOTE est né vers 1815, ce qui implique que sa mère avait une dizaine d'années à sa naissance si les estimations d'âge sont justes. Il est plus logique et confortable de penser qu'elle avait quelques années de plus. En tout cas, la naissance de Jean Baptiste semble bien se situer vers 1815/1816. Il a 37 ans lorsqu'il se marie à Saint-François, le 20 décembre 1852, avec Eméline Merline MAURICE.

Il s'appelle alors Jean Baptiste MIRRE et est "fils majeur et naturel de Monsieur Jean Bontemps Mirre et Demoiselle Adélaïde Cocote, tous les deux propriétaires et domiciliés également au dit lieu de la désirade, ici présents et consentants." Parmi les témoins, Montrose MIRRE, 33 ans, propriétaire à la Pointe-à-Pitre, frère de l'époux. Il signe M. Mirre. Ni son frère, ni leurs parents ne savent signer.

Montrose MIRRE s'est marié à Pointe-à-Pitre le 22 juin 1839 avec la demoiselle Thérèse, née le 3 février 1821 au Gosier. Il a 20 ans et est marin. Il est "fils mineur, naturel et reconnu du sieur Jean Bontemps Mirre, âgé habitant, domicilié audit lieu de la Désirade et d'une mère inconnue". Son père est présent. Pourquoi Adélaïde Cocote n'est-elle pas mentionnée ? Elle est pourtant libre depuis 1833. Serait-ce lié à l'absence d'un acte de reconnaissance par cette dernière ? Je suis intrigué.

A ce propos, je n'ai pas encore retrouvé les actes de reconnaissance de Montrose, entre 1833 et 1839, et de Jean Baptiste, entre 1849 et 1852, par leur père Jean Bontemps MIRRE. Celui-ci est né à la Désirade en 1794. Il est déclaré à l'âge de 7 mois le 3 floréal an III (22 avril 1795) et est fils de René Toussaint MIRRE et de Marie Madeleine PATOUX.

Jean Bontemps MIRRE est mort à Pointe-à-Pitre le 17 avril 1857 dans la maison de son fils Montrose MIRRE, rue Dauphine, où il demeurait passagèrement. Il est domicilié à la Désirade et est matelot. Il est décédé célibataire. Un des témoins est son neveu François Moïse MIRRE, 24 ans, aussi matelot. C'est un fils de son frère Jean François MIRRE (La Désirade 1789- Les Abymes 1843), marin et propriétaire.

Montrose MIRRE et Thérèse ont d'abord habité à la Désirade où leurs six premiers enfants sont nés entre 1840 et 1850. En 1852, leur fils Louis MIRRE naît à Pointe-à-Pitre et au moins deux autres fils, Désir Joseph MIRRE (1855) et Emmnuel Médard MIRRE (1858-1860). Thérèse y est décédée le 15 octobre 1860 et Montrose dit Morandé MIRRE le 21 janvier 1879. Il meurt à l'hôpital militaire où il était entré le 16 décembre 1878.

Le début de l'article n° 45 de la continuation de l'inventaire après décès évoqué ci-dessus semble l'évoquer :

"Art 45. Mr POULLIN observe qu'au mariage de Mr Fois POULLIN son fils avec la Delle Cécile ROBIN son épouse et lui ... (un mot illisible) en dot à leur fils et en avance de leur future succession un mulatre nommé Montroses dependant de leur communauté estimé quinze moëde ou 534 f 60 c dont les enfans de Mr Fois POULLIN fils devront rapporter la moitié dans le reglement qu'ils auront à faire avec leur tuteur relativement à la succession de leur ayeule ..."

François POULLIN fils (vers 1801-1831) a épousé Cécile ROBIN (vers 1805-1830) le 15 juin 1825. Je leur connais deux enfants: Benjamin Furcy POULLIN (1827-1859) et Marie Dieudonnée POULLIN (1824-1848). On peut supposer que Montrose a été ensuite acheté par son père qui l'a affranchi.

Je n'ai pas encore trouvé ce que sont devenus Jean Baptiste MIRRE et son épouse Emélie Merline MAURICE (dont la grand-mère maternelle, la demoiselle Anne, était caraïbe). Je n'ai pas repéré de naissances à Saint-François dans les années qui suivent leur union en  décembre 1852 (au cours de laquelle ils légitimèrent une fille née en septembre de la même année).

Je pense qu'Adélaïde Cocote avait un frère aîné en la personne d'Etienne DONOTE,  affranchi par un arrêté du gouverneur du 5 septembre 1845, à l'initiative de François POULLIN (selon la séance du Conseil privé de la Guadeloupe du 3 septembre). Lors de son inscription à l'état civil, le 16 septembre de la même année, Il a 62 ans et est cultivateur. Il est natif de l'île. On lui aurait assez logiquement donné le nom ou surnom de sa mère.

Le 13 septembre 1849, Etienne DONOTE se marie à la Désirade. Le mariage se déroule au domicile du citoyen Etienne DONOTE, "vu  l'état de maladie du futur époux". Il a 65 ans et est propriétaire, né et domicilié en la commune de la Désirade, fils majeur de la citoyenne Marie Françoise, blanchisseuse, domiciliée au même lieu, ici présente et consentant.

Il épouse la citoyenne Eugénie, âgée de 55 ans, blanchisseuse, née et domiciliée en cette commune, fille majeure de la citoyenne Agathe, décédée cultivatrice audit lieu. Ils légitiment six enfants : Virginie, Henrinette SALINE, Joséphine TINAN(T), Joseph, Vincent et Jacques. Etienne DONOTE décède le 29 avril 1850, à l'âge de 65 ans, en sa maison sise au Galet. Sa mère, Marie Françoise, blanchisseuse est en vie. Etant donné l'âge du défunt, elle a au moins 80 ans et certainement bien plus.

Dans le recensement de 1796, il y a sur l'habitation cotonnière de la veuve ROBIN, née GOLLIN (vers 1755-1828), la belle-mère de François POULLIN, un cultivateur prénommé Etienne, âgé de 12 ans et une cultivatrice appelée Donnotte, âgée de 28 ans. Si l'âge correspond bien pour Etienne, né vers 1784, comme Etienne DONOTE, Donnotte est beaucoup plus jeune que Marie Françoise DONOTE. En 1797, ils y sont toujours recensés, avec un an de plus.

Pour terminer, dans la notice sur Rose HELVINE, j'évoquais la mère de celle-ci, Marie Magdeleine DONOTE, née vers 1796. Je n'ai toujours trouvé pas son acte de décès et ignore sa filiation, mais j'émets l'hypothèse d'une soeur d'Adélaïde Cocote. A propos du surnom Cocote, j'ai omis de préciser que c'est aussi celui d'une soeur de Jean Bontemps MIRRE, à savoir Aimée Louise Jeanne MIRRE (1787-1860), propriétaire au Galet.

 

COPYRIGHT DAVID QUENEHERVE

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